Fondation pour la création d’entreprises dans les quartiers sensibles

Situation

Dans les quartiers sensibles, les personnes qui manifestent l’envie de créer leur entreprise sont légion, notamment parmi les jeunes. En effet, face aux difficultés d’insertion professionnelle que ces derniers peuvent rencontrer, difficultés liées au manque de diplômes, au rejet des codes de l’entreprise, au manque de motivation quant à la nature des postes proposés, mais aussi à des discriminations à l’embauche inacceptables, l’entrepreneuriat apparaît comme une solution naturelle et pertinente pour accéder au monde du travail, tout en se préservant des contraintes du salariat. A travers l’autonomie que cette alternative confère, ils ont également la possibilité de conserver une certaine liberté d’action, et de fonctionner selon leur propre système de valeurs.

Il est aujourd’hui avéré que nos cités regorgent d’énergie et de talents, et cela dans tous les domaines. Même si les initiatives mises en évidence se cantonnent souvent à la création d’une marque de vêtements, d’un label de rap ou d’enseignes de restauration rapide, les projets foisonnent et sont, en réalité, très diversifiés : nombre de créateurs ambitionnent d’investir le marché de l’économie solidaire et sociale (ex : accompagnement des familles), d’autres s’engagent dans l’univers des SSII, ou dans celui des sites d’information ; beaucoup d’exemples peuvent être cités à cet égard. Si certains porteurs de projet parviennent à concrétiser leur démarche et réussissent à rendre leur société viable puis profitable, un grand nombre se heurte à un manque d’informations ainsi qu’à un manque de moyens, qu’ils soient humains, matériels ou financiers. Dans ce cadre, monter sa propre structure devient souvent un véritable parcours du combattant, semé d’obstacles, où les informations et acteurs susceptibles d’apporter une aide à chaque étape sont nombreux, dispersés et pas toujours faciles d’accès.

Or, cette volonté, cette envie de s’en sortir et de s’épanouir, qui s’exprime à travers ces jeunes qui créent leurs boîtes, qui innovent et qui dynamisent leurs quartiers respectifs doit être reconnue et soutenue de manière forte car elle revêt une dimension économique et sociale très importante. Et pour cause, les banlieues, en première ligne de la crise, connaissent des taux de chômage qui dépassent l’entendement, notamment chez les jeunes hommes ; elles sont également victimes de l’échec des « plans banlieues » successifs, qui n’ont jamais été à la hauteur du problème posé. Dans ce contexte, si la jeunesse de ces zones urbaines reléguées, déclassées, ne bénéficie d’aucun appui probant dans ce qu’elle entreprend, elle risque de sombrer davantage et de condamner à l’échec toute une génération. A l’inverse, si les jeunes de quartier sont encouragées dans le développement de leurs idées puis de leur business, ils pourront avoir un apport positif sur leur environnement, en termes d’image d’abord, puisqu’ils incarneront un modèle positif donc à suivre, et, plus concrètement ensuite, s’ils sont amenés à recruter des collaborateurs dans les milieux dont ils sont issus. En définitive, les avantages liés à l’entrepreneuriat dans les cités sont clairement identifiés, mais les mesures prises sont encore loin de répondre aux enjeux.

Proposition

En matière de création d’entreprises, certaines villes sont dotées d’un service dédié auquel les entrepreneurs peuvent s’adresser pour recueillir les informations nécessaires à la formalisation de leur projet, et pour être accompagnés. D’autres villes n’en possèdent pas, ce qui est largement préjudiciable pour les porteurs de projets qui se retrouvent privés d’informations déterminantes pour réussir leur initiative. Quand ce service existe, il permet de délivrer une offre gratuite qui accroît, dans la plupart des cas, la performance : performance en termes de nombre de projets qui se concrétisent, performance en termes de viabilité de la société une fois créée. Or, c’est très souvent dans les villes qui connaissent le plus de difficultés socio-économiques que ce service n’existe pas, et ce sont ces villes qui sont les plus démunies face à leurs entrepreneurs en herbe. C’est pourquoi le CQFD propose la création d’une fondation d’aide à la création d’entreprise dans les quartiers, fondation qui aura vocation, au niveau national, à accompagner humainement et financièrement les projets d’entrepreneuriat dans les cités. Pour ce faire, un certain nombre de dispositions doivent être prises :

a) Créer un service d’accompagnement des futurs entrepreneurs, et une pépinière permettant aux jeunes pousses de mûrir dans un cadre sécurisant. Dans toutes les communes situées en Zones Urbaines Sensibles, les jeunes créateurs devront disposer de ces deux outils. Il est, d’ailleurs, nécessaire de faire de la pépinière d’entreprises un outil de développement économique au service de la politique sociale des villes ; il faut donner à chaque projet la capacité de voir le jour dans les meilleures conditions. Dans toutes les villes où ces outils n’existent pas, la fondation aura en charge de piloter leur mise en place, en collaboration avec les mairies concernées, et d’apporter son expertise sur les bonnes pratiques à suivre. Les missions locales pourront être sollicitées pour héberger ce type d’activités. Il s’agit ici d’instaurer, de nouer, un véritable partenariat entre la fondation et les mairies.

b) Offrir un soutien renforcé à la création d’entreprise en accompagnant l’entrepreneur pendant 3 ans. Les jeunes créateurs d’entreprise ont besoin d’avoir accès à des réseaux, à du conseil et à des fonds financiers. C’est pourquoi, pendant ces 3 années, le porteur de projet pourra lancer son activité dans le cadre de la pépinière d’entreprises et bénéficier, par l’intermédiaire de la fondation et/ou de la mairie, d’un tutorat (coaching d’un chef d’entreprise), d’un pack administratif (forfait annuel comprenant l’activité comptable et juridique dans son ensemble) et d’un soutien à la capitalisation de l’entreprise (subvention et prêt à faible taux).

c) Optimiser la capacité de financement des entrepreneurs des quartiers. Le Prêt à la Création d’Entreprise (PCE), qui va de 2000 à 7000 euros, est destiné aux entreprises de moins de 3 ans. Le PCE est garanti à 70% par Oséo, ce qui normalement en fait un prêt quasiment sans risque pour les banques. Or, l’obtention du PCE reste assujettie à l’accord de la banque pour un second prêt devant, au minimum, être égal à deux fois celui du PCE. C’est pourquoi les banques ne le proposent pas systématiquement : elles prennent un risque sur cette partie importante de l’emprunt. A noter qu’il existe une dérogation ZUS stipulant que le concours bancaire doit être au minimum équivalent au montant du PCE, ce qui minimise le substantiellement le risque, mais les banques ne le proposent pas plus souvent. Au final, il est nécessaire que la fondation permette l’accès aux financements bancaires par les différents leviers qu’elle peut activer : se porter garant des prêts en complément d’Oséo (sur les projets approuvés par ses soins), travailler en partenariat avec des investisseurs susceptibles de lever des fonds (ex : Business Angels des Cités), recourir à la finance islamique qui proscrit le taux d’intérêt de son montage financier (voir mesure sur la finance islamique).

d) Consacrer une part des marchés publics aux entrepreneurs des quartiers, et favoriser leur référencement dans les portefeuilles fournisseurs des grandes sociétés privées. Les collectivités locales doivent être tenues de réserver une partie de leur marché, notamment ceux qui ne nécessitent pas d’appel d’offres (de gré à gré) aux entreprises installées dans les ZUS, quartiers populaires, ou portés par des personnes issues de la diversité. Cela aurait un effet direct sur le développement et la pérennité de l’emploi dans les zones qui en ont le plus besoin. Par ailleurs, pour les grandes sociétés privées, le fait de diversifier leur portefeuille de fournisseurs est un véritable facteur clé de succès. La fondation interviendrait à ces deux niveaux en faisant un travail de lobbying dans les secteurs publics et privés pour identifier des débouchés potentiels aux entreprises qu’elle accompagne.

e) Valoriser et crédibiliser les entrepreneurs des quartiers qui se lancent dans l’Economie Sociale et Solidaire (ESS). On parle aujourd’hui d’ESS pour faire référence aux entreprises et associations dont la finalité est davantage tournée vers la plus-value sociale ou environnementale que vers la recherche du gain financier. L’ESS se définit selon 5 critères : libre adhésion, lucrativité limitée, gestion démocratique et participative, utilité collective ou utilité sociale du projet, et mixité des financements entre ressources privées et publiques. Alors que, chaque année, se crée de plus en plus d’associations et de coopératives, on ne peut plus opposer les associations œuvrant pour le bien culturel et social, et les entreprises considérées uniquement comme vecteur de business. Cette vision ne correspond plus à la réalité de terrain et à la nouvelle génération d’entrepreneurs. Ce constat est d’autant plus vrai dans les quartiers populaires. Par exemple, quand une entreprise d’insertion remet sur pied quelqu’un en difficulté et le réinsère dans le monde du travail, elle lui apporte un mieux-être, comme à son entourage, et permet à la collectivité d’économiser des allocations chômage ou des minima sociaux.

En plus de toutes ces considérations, il est primordial que les entrepreneurs, quels qu’ils soient, issus de quartiers ou pas, ne soient pas pénalisés lorsqu’ils échouent après avoir créé leur société. Pour cela, il est nécessaire de mettre en place une garantie de fonds en cas d’échec pour permettre à la personne d’avoir accès à des droits d’indemnisation.

Bénéfice

La fondation doit constituer un levier de développement puissant pour les quartiers en donnant les moyens aux entrepreneurs qui en sont issus de travailler à la création et au développement de leur business dans des conditions optimales. En procédant de la sorte, il est possible d’avoir un réel impact positif sur la situation économique et sociale de nos banlieues.