Quartiers et pérennisation des relations économiques françafricaines

Situation

Dans le contexte de la mondialisation, l’Afrique, qui dispose d’une part importante des ressources naturelles de la planète, n’est plus uniquement convoitée par les puissances coloniales, elle l’est aussi par les puissances émergentes telles l’Inde, la Chine et le Brésil, qui sont de plus en plus actives sur le continent. Face à cela, l’enjeu pour la France est de s’assurer un accès aux ressources nécessaires au bon fonctionnement de son économie. Or, avec l’arrivée de ces nouvelles puissances dans la course aux matières premières, cet accès est menacé : en effet, les pays émergents, qui sont souvent d’anciennes colonies européennes, proposent une alternative aux pays africains qui se veut moins prédatrice et plus bénéfique. Cela étant, même dans cette nouvelle configuration, beaucoup d’africains continuent à manquer cruellement de travail. Les multinationales qui s’implantent pour extraire et exploiter sols et sous-sols ne recrutent pas en local : au lieu d’associer les populations du pays hôte à leurs activités, elles préfèrent recourir à une main d’œuvre qualifiée, formée dans les universités occidentales. Dans de nombreux pays, comme au Niger par exemple, cette situation crée des tensions car, à côté de ces industries qui tirent des bénéfices conséquents, les populations autochtones vivent dans des conditions particulièrement précaires. Cette situation crée tout d’abord de l’instabilité, ce qui amène des pays comme la France à conserver une présence militaire pour veiller à la continuité des approvisionnements. Ensuite, en l’absence d’une économie locale suffisamment développée, susceptible de proposer des emplois stables en quantité suffisante, nombre d’africains prennent la lourde décision d’émigrer vers les pays riches, parfois au péril de leur vie, pour y trouver de meilleures conditions de vie et aider leur famille. A cet égard, il est à noter que, en dehors de l’immigration légale, qui est restreinte, et qui se veut choisie, ce qui, au passage, prive les pays africains des cerveaux qui pourraient mettre leur économie en ordre de marche, l’immigration illégale, socialement et professionnellement vulnérable, ne se retrouve que rarement dans les quartiers aisés. C’est ainsi que, pour ceux qui ont fait le choix d’aller en France, et qui y parviennent, un nombre important va se retrouver dans les quartiers défavorisés. Que ce soit par rapprochement familial, ou parce que la condition économique et sociale des personnes ayant immigré le dicte, ce sont bien les quartiers de banlieue qui vont héberger une bonne part de ces nouveaux arrivants. Dans certains cas, cela peut pérenniser voire accentuer la dynamique de déclassement de ces quartiers qui, par ailleurs, cumulent déjà des difficultés à tous les niveaux : éducatif, insertion sociale et professionnelle, délinquance…

Proposition

La seule et unique façon de maîtriser efficacement l’immigration africaine en France est de tout mettre en œuvre pour que ces immigrés aient un travail stable dans leur pays d’origine, un travail leur permettant de subvenir à leurs besoins. Toute autre considération est vouée à l’échec : on peut notamment le constater à travers la politique actuelle d’un gouvernement qui traque les immigrés sans-papiers, bloque leur régularisation, place ces derniers en centres de rétention administrative, souvent sans pouvoir les renvoyer dans leur pays, faute d’accord de ce dernier. Et quand un accord permet le renvoi d’un immigré, la démarche revêt un caractère choquant, comme peuvent en témoigner les nombreux passagers de ces charters qui « accueillent » une personne que l’on renvoie chez elle sous escorte policière. Ainsi, tous ces mauvais calculs rabaissent la France, l’éloignent de ses valeurs, et du respect des Droits de l’Homme. Et surtout, cela ne suffit pas à endiguer la détermination de nombre d’africains à partir, ce qui est signifiant quant à la dureté et au manque de perspectives qu’ils peuvent éprouver dans leur pays. C’est pourquoi la France ne peut plus se contenter de considérer l’Afrique comme un réservoir de matières premières : elle doit s’orienter vers des pratiques qui permettent le développement d’économies locales en Afrique. C’est dans ce cadre que le CQFD propose que les matières premières extraites en Afrique soient obligatoirement transformées in situ en produits finis ou semi-finis ; ce processus industriel doit s’effectuer en partenariat avec les entreprises africaines. Cela permettra de créer des emplois, de sédentariser la population, et d’établir des relations économiques respectueuses avec les propriétaires des ressources naturelles exploitées. Il est vrai que, jusqu’ici, le fait que les multinationales transforment les matières premières elles-mêmes leur permettait de prendre à leur compte toute la valeur ajoutée du passage de la matière première au produit fini, et que cela constitue un manque à gagner substantiel pour elles.  Toutefois, pour établir des relations saines et durables avec les pays africains, notamment avec nos anciennes colonies, il convient de changer de cap, de ne plus entraver le développement et la souveraineté de ces états. Il est important de souligner ici que, si la volonté affichée est celle du développement des pays africains en même temps que celui de la France (cf. les politiques de « co-développement »), les causes du sous-développement africain sont intimement liées à l’histoire française en Afrique : esclavage, colonisation et, à présent, néocolonialisme. Nous avons donc notre part de responsabilité vis-à-vis de la situation actuelle du continent noir. Il ne s’agit pas de faire preuve de repentance, mais de faire en sorte que ces rapports de prédation cessent pour que puisse s’établir une relation véritablement profitable pour les deux parties. Cette condition préalable paraît nécessaire pour garantir sur le long terme un accès aux ressources (énergétiques…) dont notre économie a besoin. Le renouveau des relations françafricaines sur le plan économique et social est à ce prix ; il comporte par ailleurs un certain nombre de pré-requis, d’avantages, et un point fort dont le France peut se prévaloir :

a) Les pré-requis : pour que des économies locales puissent se développer dans de bonnes conditions en Afrique, il est nécessaire d’endiguer la fuite des cerveaux car ceux-ci doivent pouvoir apporter leurs savoirs et leur savoir-faire à l’organisation du travail dans leur pays. Il faut également que les firmes occidentales et autres implantées en Afrique forment les travailleurs africains et assurent, à minima, un transfert de compétences techniques à ces derniers.

b) Les avantages : alors que la France perd des marchés, lentement mais sûrement, elle peut, en proposant un partenariat économique équilibré, regagner ces marchés face aux puissances telles que la Chine, le Brésil…. Ensuite, en développant l’activité industrielle en Afrique, elle favoriserait l’émergence d’une société de travailleurs, d’une classe moyenne africaine qui, à son tour, serait à même de consommer les produits ainsi fabriqués. Comme nous l’avons évoqué dans nos pré-requis, cela passe notamment par la formation technique des ouvriers africains, et par le recours aux éminences grises locales qui pourraient trouver des débouchés dans leur pays sans avoir besoin de s’expatrier. Dans cette approche, les pertes financières liées à la production seraient largement compensées, à terme, par les revenus issus de la vente des produits finis.

c) Le point fort de la France : en adoptant cette attitude, cela permettra à la France de se repositionner comme un acteur fort en Afrique, tout en étant en phase avec son système de valeurs républicaines, ce qui n’est pas le cas actuellement. Dans ce cadre, la diversité culturelle de la France, notamment celle résidant dans les quartiers, constituerait un atout majeur, une véritable richesse qui pourrait être mise à profit dans le cadre des relations France-Afrique : en effet, si les français d’ascendance africaine ne nourrissent pas ou plus de ressentiment vis-à-vis de la France, notamment au regard de cette nouvelle politique africaine, ils pourront s’investir plus sereinement dans une dynamique citoyenne et dans la défense des intérêts de leur pays, désormais en phase avec ses valeurs.

Bénéfice

Si cette proposition ne peut remplacer une prise de conscience des pays africains eux-mêmes quant aux conditions de leur développement, elle peut en revanche repositionner la France comme un acteur fort, comme un acteur qui recourt à toute la diversité de sa population pour constituer un partenaire privilégié et respectueux.

Source de la photo : presseocean.fr