Création de Sociétés Publiques Locales de bâtiment et services en ZUS

Situation

Dans une même agglomération, le taux de chômage dans une Zone Urbaine Sensible (ZUS) est deux fois plus élevé qu’ailleurs : 16,9 % contre 7,7 % en 2008. Les jeunes de 15 à 24 ans sont les plus touchés, notamment les jeunes hommes avec un taux de 41,7 % (source : Observatoire des inégalités). Ce contexte économique très détérioré favorise mécaniquement l’existence d’une importante économie souterraine, signe d’un dysfonctionnement grave de l’économie formelle et des services publics de l’État. De fait, le marché officiel du travail connaît des rigidités qui paralysent le développement de l’emploi officiel ou qui en empêche l’accès (niveau de formation, discriminations, stigmatisations…). Ainsi nombre de personnes habitant ces cités se retrouvent dans des situations d’inactivité et « stagnent » dans leur quartier : parmi elles, certaines sont impliquées, sous une forme ou sous une autre, et à des niveaux plus ou moins prononcés, dans l’économie parallèle. Outre ce constat, les répercussions ne se limitent pas à l’émergence et à la pérennisation d’un marché illicite : tout l’environnement s’en retrouve impacté. Sur le plan matériel, les bâtiments se dégradent au fur et à mesure, notamment au niveau des parties communes : cages d’escalier sales, boîtes aux lettres cassées, ascenseurs en panne… Ce phénomène est accentué par le fait que les entreprises d’entretien n’osent plus se rendre sur place pour effectuer les réparations qui s’imposent. D’un point de vue social, cohabitent dans un même endroit des groupes qui « dorment le jour et vivent la nuit » quand d’autres groupes doivent aller travailler tous les matins, avec tous les problèmes que cela engendre. En définitive, ce sont tous les habitants de ces quartiers qui en pâtissent, quels qu’ils soient : il est donc nécessaire d’apporter des réponses immédiates et concrètes.

Proposition

Dans certaines cités, la situation économique est si précaire que les taux de chômage atteignent des sommets, notamment celui des jeunes hommes, comme nous venons de le voir. Dans ce contexte, l’Etat se doit d’intervenir en proposant des solutions tangibles, autres que des descentes de police. C’est dans cette optique que le CQFD propose la création de Sociétés Publiques Locales (SPL) de bâtiment et de services de proximité. Ces SPL pourront être crées à l’initiative des intercommunalités quand au moins la moitié de leurs communes sont situées en Zone Urbaine Sensible. Les SPL ainsi créées devront être hébergées dans la commune la plus en difficulté de l’intercommunalité et, ainsi, se situer au plus près des personnes visées par le dispositif. Ces sociétés auront ensuite pour obligation de recruter les jeunes concernés afin de leur apporter une solution d’emploi concrète. Le choix des secteurs du bâtiment et des services de proximité se fonde sur les besoins immédiatement identifiables des quartiers dits sensibles, secteurs qui, dans une certaine mesure, sont susceptibles de recréer du lien social. Pour avancer vers ce double objectif d’emploi et de lien social, voici les différents éléments d’application que nous proposons :

a) Formation des jeunes : un expert de chaque discipline du bâtiment (maçonnerie, électricité, peinture…) sera recruté pour former et diriger une équipe au sein de chaque SPL.

b) Financement via les marchés publics : les villes de l’intercommunalité, appuyées financièrement par le Conseil Général, pourront passer commande auprès de la SPL pour la restauration des immeubles désignés. De plus, les SPL devront être sollicitées dans le cadre du Programme National de la Rénovation Urbaine (PNRU), si celui-ci connaît une déclinaison locale.

c) Amélioration du lien social : les jeunes seront employés et rémunérés pour restaurer leur propre quartier et rendre des services (transport, sécurité…) aux habitants, ce qui permettra, par la même occasion, d’améliorer leurs relations avec ces derniers. Ces mêmes jeunes pourront également intervenir sur d’autres quartiers de l’intercommunalité, favorisant cette fois les relations entre quartiers voisins. Enfin, il est à noter que la SPL pourra répondre à des appels d’offre privés pour développer ses activités hors zone : cela permettra aux jeunes employés de sortir de leur cadre de vie habituel et de travailler dans des quartiers plus aisés.

d) Promotion professionnelle : au préalable, ne seront embauchés que ceux qui manifestent une réelle envie de travailler. Un processus de recrutement classique doit être appliqué afin de s’assurer de leur motivation. Pour récompenser les jeunes qui s’investissent dans la durée, les plus méritants pourront prendre, à terme, la direction opérationnelle de leur SPL. Il serait également pertinent d’envisager d’inscrire l’investissement de ces jeunes dans le cadre d’une coopérative, où chacun d’entre eux a la possibilité de devenir sociétaire et posséder, tout comme les autres sociétaires, une part de l’entreprise et de ses richesses. Cette approche est d’autant plus intéressante qu’elle permet aussi de lutter contre l’individualisme en proposant un modèle économique basé sur un état d’esprit plus collectif.

On peut imaginer que cette démarche engendre des effets pervers tels que la dégradation volontaire d’immeubles. C’est pourquoi il faudra envisager d’embaucher du personnel pour assurer la surveillance des zones réhabilitées, et de limiter le nombre de réhabilitation à une ou deux par an en fonction des cas. Par ailleurs, des divergences et conflits d’intérêt subsisteront à coup sûr entre ceux qui rénovent et ceux qui dégradent, mais une logique de responsabilisation doit être tentée sur le terrain, pour les habitants de ces quartiers.

Bénéfice

Cette mesure permettrait de réduire le taux de chômage de manière significative dans des zones où il plafonne à un niveau indécent, tout en améliorant le cadre de vie des habitants des quartiers. De plus, il serait possible de recréer du lien entre des groupes en conflit au sein d’un même quartier ou entres quartiers différents. Enfin, une fois formés, les jeunes pourraient aller travailler dans d’autres sociétés en dehors de la ville.

Source de la photo : medef.com