Attribution des marchés publics aux entreprises favorisant une diversité durable

Situation

Ce sont aujourd’hui plus de 2700 entreprises qui ont signé la Charte de la Diversité lancée en octobre 2004 (source : www.charte-diversite.com) : sociétés du CAC 40 et PME se sont ainsi engagées à lutter contre toute forme de discrimination et à promouvoir la diversité dans leurs effectifs. Des initiatives ont vu le jour mais, 5 ans plus tard, les effets de cette politique pro-diversité tardent à se faire sentir par les publics concernés. Les jeunes issus de quartiers éprouvent toujours autant de difficultés à trouver un stage ou un premier emploi digne de ce nom. Les solutions apportées ne sont donc pas à la hauteur du problème. En matière de recrutement, des campagnes de communication sont menées, des salons dédiés à la diversité sont organisés, mais le nombre d’embauches réelles n’est pas contrôlé. Les entreprises peuvent ainsi bénéficier d’une image positive auprès du grand public sans que l’efficacité de ce qui est mis en œuvre ne soit observée. La crise économique et sociale qui s’est amorcée en 2008 a même, dans la plupart des cas, relégué cette problématique au second plan. Le constat est donc le suivant : la Charte a permis une prise de conscience du monde de l’entreprise et la mise en place de quelques bonnes mesures, mais son caractère non contraignant ne permet pas un changement plus profond, plus structurel. L’absence de sanction laisse le champ libre aux bonnes volontés quand des solutions permanentes et éprouvées doivent être appliquées.

Proposition

En France, les marchés publics, contrats à titre onéreux passés entre collectivités publiques et organismes privés, représentent un volume d’affaires de 120 milliards d’euros, soit 10% du PIB. Pour ancrer une politique forte en faveur de la diversité, ces marchés constituent un levier d’action majeur pour l’Etat. Pour répondre aux commandes publiques, les entreprises doivent satisfaire différents critères tels qu’avoir le prix le plus bas ou l’offre économiquement la plus avantageuse, justifier de leur solidité financière, de leur savoir-faire, etc. En plus de ces critères, nous proposons de conditionner l’obtention d’un marché public à la mise en œuvre de mesures concrètes et pérennes en faveur de la diversité. Parmi les mesures considérées doivent figurer 3 mesures spécifiques pour les jeunes issus de quartiers. Premièrement, les entreprises devront proposer des stages strictement destinés à des jeunes de quartiers (le nombre de stages sera à définir en fonction de la taille de l’entreprise). Deuxièmement, les entreprises devront mettre en place des parrainages entre leurs managers et des jeunes diplômés issus de quartiers ; sur ce modèle, l’association Nos Quartiers ont des Talents obtient des résultats significatifs avec un taux de recrutement de 60% (www.nosquartiers-talents.com). Troisièmement, les grands groupes devront référencer des entreprises des quartiers dans leur portefeuille de prestataires. C’est de cette manière que les entreprises des quartiers peuvent avoir l’opportunité de travailler avec des sociétés plus grandes.

Bénéfice

En obligeant les entreprises à faire le minimum pour prétendre à un marché public, les jeunes de quartiers pourront bénéficier d’une aide réelle et palpable. Cette proposition vise à répondre à des difficultés d’insertion professionnelle à différents niveaux :

a) Au niveau des plus jeunes, élèves et étudiants : ils auront plus de facilité à trouver des stages et donc faire leurs premiers pas dans le monde professionnel.

b) Au niveau des jeunes diplômés habitant en cité : leur recherche d’emploi sera optimisée et aboutira, ce qui aura comme effet de crédibiliser aux yeux de leurs petits frères et sœurs le processus d’intégration par l’école et le travail; ils sont les véritables modèles à suivre.

c) Au niveau des nombreux créateurs d’entreprise de banlieue : ils pourront ainsi accéder plus facilement aux appels d’offre privés des grands groupes, ce qui leur permettra de décrocher des opportunités de business intéressantes et de recruter en conséquence dans les quartiers dont ils sont issus.