Augmentation du nombre de classes prépas dans les lycées ZEP

Situation

Dès 1963, la carte scolaire a institué un système d’affectation qui place un élève dans l’école de son secteur de domiciliation. Ce fonctionnement, dont l’un des objectifs est d’entretenir une certaine mixité sociale et scolaire dans les classes, a cependant montré certaines limites quand des parents, pour garantir un meilleur contexte éducatif à leurs enfants, ont commencé à déménager dans des villes ayant de meilleures écoles. En conséquence de cela, les ZEP se sont trouvées encore plus fragilisées, car privées d’une partie de leurs bons éléments. Dans le même esprit, la plupart des classes préparatoires aux concours des grandes écoles, notamment les plus prestigieuses, se trouvent sur Paris : cela favorise la délocalisation et la convergence de la matière grise des banlieues vers la capitale. Aussi, l’éloignement géographique et le manque d’information à destination des jeunes de quartier peuvent, dans certains cas, créer chez eux une barrière psychologique à une orientation de ce type. Cela est d’autant plus vrai que leurs « ambassadeurs », c’est-à-dire ceux d’entre eux qui ont emprunté cette voie avec réussite, ne sont pas forcément là pour témoigner de leur parcours et les motiver. A travers ces deux exemples, l’appauvrissement scolaire des quartiers est manifeste : il est notamment la résultante d’une logique de centralisation et de concentration des élites.

Face à cette situation, la carte scolaire a été récemment « assouplie » et des initiatives, encore trop rares, ont été prises pour implanter des pôles d’excellence dans les quartiers avec la création de classes prépas dans des lycées de ZEP. Le lycée Paul-Eluard de Saint-Denis est doté de 4 prépas scientifiques depuis 1988, prépas qui misent sur la proximité. Proximité par le recrutement d’abord : elles accueillent principalement des élèves du département. Proximité par leur taille ensuite : les effectifs sont volontairement réduits à 25 élèves par classe (contre 48 en moyenne à Paris) pour mieux connaître les élèves, cerner rapidement leurs difficultés et leurs éventuels soucis matériels (dans ces prépas, 50% des élèves sont boursiers). Le lycée Jacques Feyder d’Epinay a monté des Classes Préparatoires à l’Enseignement Supérieur (CPES) en coopération avec SupMéca et l’Institut Galilée de l’Université Paris 13. Le lycée assure la moitié des enseignements, l’autre moitié est assurée par les deux autres partenaires. Ces CPES permettent une entrée sans concours à SupMéca ainsi qu’à l’école d’ingénieurs de l’Institut Galilée, et les élèves valident des crédits de licence qui permettent une réorientation en cas d’échec. Le lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen a, en 2000, créé une prépa littéraire qui scolarise 45 élèves. Cette prépa, qui promeut la diversité des profils en accueillant certains élèves venant de Paris, a une autre vertu : tirer tout le lycée vers l’excellence. Dans ces trois prépas, les étudiants ne décrochent que rarement des places dans les écoles supérieures de première catégorie mais intègrent néanmoins de très bons cursus.

Proposition

Les classes prépas, lorsqu’elles sont publiques, donc financées par les deniers des contribuables, sont censées donner une chance de réussite à tous, même si leur modèle pédagogique repose sur la sélection. Or, les classements de ces formations, qui s’effectuent sur le taux de placement dans les grandes écoles, interdisent toute prise de risque dans le recrutement de profils atypiques. C’est dans ce cadre que le CQFD propose d’étoffer le nombre de classes prépas en ZEP : en ne transigeant pas sur le niveau d’excellence à atteindre, mais en rendant ces filières plus accessibles aux élèves issus de quartiers sensibles. Pour cela, nous proposons de mutualiser les bonnes pratiques qui ont pu être éprouvées dans les quelques prépas de banlieue qui existent déjà, à savoir :

a) Proximité et mixité du recrutement : la classe prépa ZEP devra réserver un tiers de ses places aux élèves du lycée hôte, un deuxième tiers aux élèves du même département, et un dernier tiers aux élèves issus d’autres départements (dont Paris). Il est important de noter que les meilleurs élèves issus du lycée hôte sont concernés par cette disposition dans une proportion significative et que, en procédant selon cette répartition, il est possible de conjuguer recrutement de proximité et diversité des profils.

b) Classes à effectif réduit : la classe prépa ZEP ne devra pas dépasser les 30 élèves, une vingtaine étant l’idéal. Cette disposition vise à optimiser le suivi des élèves par les enseignants, et que cet accompagnement se matérialise par des résultats probants qui fasse exister la prépa dans le paysage des formations d’excellence.

c) Présence de professeurs émérites : la qualité d’une prépa se mesure notamment par la compétence de son corps professoral. Pour pouvoir mobiliser et rémunérer ce type d’enseignants, plusieurs solutions complémentaires : partage des cours avec une ou plusieurs écoles supérieures (ex : lycée Feyder d’Epinay) ; collaboration avec des prépas prestigieuses pour une mise à disposition de leurs professeurs ; financement par des entreprises dans le cadre de partenariats public-privé ; primes basées sur les résultats aux concours pour les professeurs.

d) Esprit d’équipe comme moteur : à l’inverse d’une émulation classique entre individus, la classe prépa ZEP devra, afin de dépasser les freins psychologiques de certains élèves face à l’obstacle, favoriser une dynamique de groupe, de réseau, d’entre-aide, qui se caractériserait par exemple par du soutien scolaire aux élèves les plus en difficulté.

e) Visibilité sur les parcours : palier au manque d’information des lycéens en leur communiquant, dès la seconde, la possibilité d’intégrer une prépa mais aussi les débouchés professionnels qu’elle peut apporter. Les entreprises doivent aussi être inclues dans la réflexion pour qu’elles puissent renseigner les élèves sur les différentes opportunités qu’elles proposent. Assurer enfin des équivalences en termes de diplômes en cas d’échec aux concours, ou alors une entrée sans concours dans les écoles supérieures partenaires.

Bénéfice

Symboliquement, créer des prépas en ZEP constitue un signal fort pour montrer que l’excellence existe et a sa place en banlieue. Il ne s’agit pas de créer une classe prépa dans chaque ZEP, mais en augmentant leur nombre, cela permettrait de sédentariser certaines familles dont les enfants tirent le niveau scolaire vers le haut.

Source de la photo : pourunmondequichange.com