Accès aux filières d’excellence pour les élèves issus de ZEP

Situation

En 2001, Richard Descoings lance des Conventions d’Education Prioritaire, une voie de recrutement extrêmement sélective mais uniquement destinée aux élèves les plus méritants des 72 établissements ZEP partenaires de Sciences-Po. Sur 8500 bacheliers qui se sont portés candidats, 602 d’entre eux ont été admis à Sciences-Po et 4 promotions sont aujourd’hui diplômées. Face au manque d’ouverture sociale, économique et culturelle des grandes écoles françaises, ces conventions ont véritablement contribué à la prise de conscience collective que des actions volontaristes étaient nécessaires et réalisables. Toutefois, que ce soit pour le lancement des ces conventions ou, plus récemment, pour la tentative avortée d’imposer un quota de 30% d’élèves boursiers dans toutes les grandes écoles, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer une forme de favoritisme qui bafoue le principe de méritocratie républicaine. Le constat est cependant sans appel : quand des enfants d’origine modeste (ex : milieu ouvrier) parvenaient à intégrer naturellement des grandes écoles il y a quelques années, ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Ce sont des jeunes issus de milieux socioculturels favorisés qui composent l’essentiel des effectifs car ce sont eux qui possèdent le background familial le plus adapté au type de sélection pratiqué. Ainsi, pour ne pas perpétuer indéfiniment la reproduction des élites, il est indispensable que des jeunes scolarisés en ZEP puissent intégrer les meilleurs cursus. C’est ainsi qu’ils pourront faire partie de la classe dirigeante de demain et refléter une image plus fidèle de la diversité française. Il convient donc de multiplier ce type d’initiative, mais cela ne peut suffire, et pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que, dans les quartiers, nombre de jeunes en difficulté sont orientés trop tôt vers des filières techniques qualifiées de « voies de garage ». Ensuite, parce que cela donne une vision trop restrictive de ce que peut être une filière d’excellence : les métiers techniques, nécessitant un véritable savoir-faire, doivent aussi être revalorisés.

Proposition

Afin de rendre les filières d’excellence « classiques » accessibles aux jeunes issus de quartiers dits sensibles, le CQFD propose d’élargir les conventions pratiquées par Sciences-Po à toutes les grandes écoles (Polytechnique, Mines, Normale Sup, HEC, ESSEC…) et de créer une Ecole Nationale d’Administration dédiée aux Quartiers (ENAQ). A l’inverse du système de quota de 30% d’élèves boursiers, les conventions permettent de proposer une solution concrète pour renouveler et diversifier les profils des étudiants tout en s’épargnant les levées de boucliers stériles relatives à l’emploi du terme « quota ». Aussi, contrairement à ce que pensent les opposants à ce type de démarche, ce n’est que rétablir l’égalité des chances que d’adopter une politique volontariste pour les bons élèves issus de ZEP. Nombre d’entre eux ont en effet les capacités intellectuelles d’intégrer ces écoles par eux-mêmes. Cependant, leurs chances sont souvent compromises par un contexte scolaire moins favorable que les élèves qui fréquentent de meilleures écoles. De fait, leurs classes comportent plus de jeunes en difficulté : ils ne peuvent donc pas avancer aussi rapidement dans les programmes. De plus, une fois admis, ces élèves suivent le même enseignement que les autres donc on ne peut pas parler véritablement de favoritisme. Pour ce qui est de l’ENAQ, la création de ce type d’école serait un acte symboliquement fort pour consacrer l’excellence issue des quartiers.

Par ailleurs, le CQFD propose un deuxième volet à cette mesure : créer des filières d’excellence pour les métiers techniques afin de les revaloriser. Ces filières qui, traditionnellement et culturellement, ont mauvaise réputation aboutissent, pour certaines, à des métiers qui requièrent un savoir-faire de haut niveau. D’ailleurs, il s’agit souvent de métiers pour lesquels les opportunités d’embauche sont nombreuses et les rémunérations attractives. On constate aussi que de nombreux concours d’excellence existent en la matière tels que ceux du Meilleur Ouvrier de France qui consacrent les meilleurs artisans dans différentes catégories : menuiserie, horlogerie, cuisine… C’est pourquoi le CQFD propose de mettre en place des filières techniques comportant plusieurs années post BAC avec, à la clé, des diplômes techniques à haute valeur ajoutée. Sachant que nombre de jeunes issus des quartiers sont orientés vers ces métiers, cela permettrait de redonner de la valeur à ce qu’ils font.

Bénéfice

Cette mesure est capitale pour construire une France de demain plus diversifiée et plus juste, une France où chaque citoyen, quel que soit son milieu d’origine, puisse avoir de réelles perspectives de carrière jusqu’au plus haut niveau. Une fois les principaux obstacles contournés, notamment le déficit d’égalité des chances et l’image négative associée aux filières techniques, cette initiative pourra faire la preuve de son efficacité à moyen long terme.