Mise en place d’une période de service civique obligatoire après la 3e

Situation

Le 22 février 1996, le Président de la République annonce la fin du service militaire mettant ainsi fin à deux siècles de circonscription. Énorme soulagement pour une partie de la jeunesse française, soit critique à l’égard de l’autorité militaire, soit craignant de se voir arbitrairement interrompre leurs études ou carrières. Cette année de suspension n’a depuis jamais été remplacée par une quelconque alternative. Or, nous pensons parallèlement qu’il n’est laissé aucune possibilité à la jeunesse de ce pays de sortir des cadres « limitatifs » qui lui ont été prédéfinis. De la Famille, l’enfant est directement « transféré » vers l’Ecole. Et de l’Ecole, le jeune adulte se doit d’être apte pour l’insertion professionnelle en Entreprise. Ainsi se révèle, dans la plupart des cas, la finalité de la vie humaine : être un produit simplement conçu pour la création de richesse par le travail (et nous entendons par travail les activités rémunérées dans une logique de rentabilité immédiate). Autrement dit, ni le développement personnel libre, ni l’autonomie, qui permettent d’acquérir une conscience de soi, des autres et, en général, de son environnement, ne sont légitimement et également accordés à chacun. Le travail reste le centre névralgique de toute existence car sans travail pas d’avenir et donc pas de vie. Il s’agit donc de réinvestir positivement ce temps de suspension, autrefois consacré au service militaire, afin de proposer aux jeunes une autre manière de rompre avec les lieux traditionnels de socialisation, de rencontrer des personnes issues de milieux différents, de se découvrir et d’élargir, à cette occasion, le champ des possibles.

Proposition

En s’appuyant sur le dispositif mis en place par Martin Hirsch en 2010, le CQFD propose la mise en place d’une période de service civique obligatoire à la fin du collège. Pour s’adapter au contexte et au souhait de chaque élève, cette période serait modulable et irait de 2 mois (vacances d’été uniquement) à l’équivalent d’une année scolaire (de septembre à juin). Elle ferait suite à la 3e mais n’entrerait pas dans le cadre scolaire classique basé sur l’apprentissage des savoirs fondamentaux et la note. Lors de cette césure, il sera prioritairement proposé aux jeunes un séjour complet hors de leur environnement social. Ce séjour pourra être de différentes natures : séjour linguistique, séjour de découverte (ex du Woofing : personnes qui s’exercent aux activités agricoles dans une ferme en échange du gîte et du couvert), séjour humanitaire… Les élèves ne pouvant s’éloigner de leur environnement habituel (handicap, situation familiale…) pourront, eux, s’investir dans des organisations « citoyennes » (associations, ONG, fondations…) se situant plus à proximité. Quant aux élèves qui souhaitent bénéficier du dispositif sur une année pleine mais qui souhaitent changer d’activité en cours de route, ils auront la possibilité de le faire deux fois au maximum, avec une période plancher de 3 mois pour chaque expérience. Afin de normaliser cette proposition, certaines conditions devront être observées :

a) Les organisations sélectionnées, qui devront être reconnues d’utilité publique par l’Etat, seront listées par domaine pour que les élèves puissent choisir ce qui leur plaît. Quelques exemples de champs d’intervention : solidarité, santé, développement durable, intervention en cas de crise, de catastrophe naturelle, art…

b) Le choix des élèves par les organismes d’accueil se fera de manière aléatoire de sorte que des jeunes issus de différents milieux puissent se côtoyer. Pour cela, il ne sera fait aucune mention des noms et lieux de résidence des élèves, seul le profil sera mis en évidence.

c) Chaque élève sera encadré par un référent au sein de la structure dans laquelle il évoluera. Ce référent aura notamment pour mission de faire le lien entre le jeune, les autres participants et les personnes qui les accueillent. Il sera également le contact privilégié des parents du jeune. De plus, un journal de bord dans lequel l’élève pourra exprimer ses ressentis et ses différentes remarques devra être tenu, à la fois pour lui, mais aussi en vue des différents échanges que celui-ci pourra avoir avec son référent.

d) Un système de bourse entièrement financé par l’Etat devra être créé afin que les élèves puissent avoir les moyens de leur autonomie en remboursant notamment leurs différents frais (transport, repas…)

Pour un service civique qui s’effectue sur une période de 2 mois, c’est-à-dire pendant les vacances d’été, il est préférable que la décision d’orientation soit prise avant. Quand il s’effectue sur une durée plus longue, l’élève devra formuler ses vœux à l’issue de son service lors d’un conseil d’orientation réunissant son professeur principal de 3e, le principal du collège, sa famille et un acteur le connaissant en dehors du cadre scolaire (ex : le référent). Lors de ce conseil, une décision d’orientation partagée pourra ainsi être prise.

Bénéfice

On peut imaginer que ce type d’expérience apporte un réel enseignement sur soi, sur les autres, et permette d’acquérir une certaine maturité. À un âge où certains jeunes, notamment en banlieue, ne parviennent pas à se construire une bonne image d’eux-mêmes à travers les modèles classiques, et basculent parfois vers la délinquance, cette année de césure peut apporter une réponse appropriée par la diversification des perspectives et par le développement du sens civique pour ne pas être limité, plus tard, à un simple statut professionnel.

Source de la photo : lefigaro.fr