Création de fonctions relais entre parents et professeurs en ZEP

Situation

Dans les établissements ZEP, les élèves en difficulté sont plus nombreux qu’ailleurs, et les rapports entre enseignants et parents sont généralement plus tendus. Parce qu’ils ne souhaitent pas que leur autorité et leur compétence soient remises en cause par l’échec scolaire de leurs élèves, les enseignants désignent fréquemment les familles comme un groupe ne jouant pas pleinement son rôle éducatif, allant parfois jusqu’à les disqualifier. L’intérêt pour la scolarité et la diversité des formes d’investissement de ces familles ne sont pas ou peu reconnus par eux. Pour expliquer cela, la distance sociale entre enseignants et public ZEP est évoquée. Avant, les équipes pédagogiques, extrêmement stables, étaient plutôt constituées de personnes d’origine populaire. Maintenant ce sont plutôt de jeunes instituteurs d’une origine sociale plus élevée : fraîchement sortis de l’IUFM, ils exercent dans ces quartiers en attendant mieux. Ainsi, avec l’évolution du corps professoral, le décalage avec le terrain a été source de malentendus et de conflits. A titre d’exemple, la barrière de la langue et autres différences culturelles empêchent une bonne communication entre professeurs et parents. Les façons de penser ou de faire des enseignants, liées à leurs représentations, ne s’appuient pas toujours sur une bonne connaissance du public ZEP. Cela peut limiter leurs possibilités de compréhension de certaines situations. Par ailleurs, ils ont le sentiment d’avoir à trouver un équilibre entre trois postures : celle de la transmission des connaissances, celle d’éducateur et celle de travailleur social. Si, chez les professeurs de collège notamment, l’idée que la posture d’éducateur fait partie du métier progresse, on observe en revanche un rejet massif de la posture de travailleur social. Les évolutions, hors du champ de la transmission des savoirs, sont mal acceptées surtout parce que leurs limites sont mal marquées. Enfin, dans ce contexte, une implication plus importante des parents est requise : des efforts d’adaptation aux codes et aux modes de fonctionnement de l’école doivent être réalisés par eux (source : Apprendre et enseigner en ZEP, F.Carraud, déc 2005).

Proposition

Les enseignants ne sont pas réellement préparés à s’adapter aux contraintes spécifiques du contexte ZEP. Parmi ces contraintes, leur capacité à intervenir sur la dimension extrascolaire de leurs élèves reste limitée par leur mission principale : la transmission des connaissances. Cette dimension extrascolaire est néanmoins capitale : une bonne connaissance des familles, de leur environnement social et culturel, permet des relations de respect et de confiance avec les parents. Sur ce constat, le CQFD propose de créer des fonctions relais chargées d’établir un bon niveau de communication entre enseignants et parents afin d’améliorer le suivi scolaire des enfants. Dotés d’une bonne connaissance de l’institution scolaire d’une part, et d’une proximité avec les familles d’autre part (ex : maîtrise de la langue parlée par ces familles), ces relais interviendraient :

a) Auprès des familles : pour décrypter le fonctionnement de l’école, clarifier le rôle que les parents ont à tenir auprès des professeurs, alerter les parents en cas de problème  avec leur enfant (ex : notes, absentéisme), mettre en évidence les écueils à éviter (ex : mauvaise orientation).

b) Auprès des enseignants : pour donner des éléments d’information sur le contexte familial d’un élève, exprimer plus précisément l’avis et le ressenti des familles, lever tout malentendu et toute incompréhension entre les différentes parties prenantes.

Rattachés à la ville, ces relais seraient mis à la disposition des écoles par l’intermédiaire de permanences dans chaque établissement. Un planning de présence hebdomadaire permettrait aux professeurs de savoir à quel moment ils peuvent faire appel à eux. Leur rôle consisterait également à organiser des rencontres entre professeurs et parents d’élèves, et entre parents d’élèves. Ces rencontres pourraient se tenir dans un lieu se situant hors de l’école pour que les échanges soient dégagés du poids de l’institution. L’objectif est d’aider les différents participants à trouver les mots justes pour exprimer leur pensée et arriver à un consensus permettant une meilleure implication de chacun.

Bénéfice

Cette mesure permettrait de créer de l’emploi pour des personnes issues d’un univers socioculturel proche des familles, et de favoriser un meilleur encadrement des enfants. Les enseignants étant peu enclins à s’éloigner de leur rôle de transmission de connaissances, le recours à ces fonctions relais permettrait de jouer un rôle éducatif et social primordial d’une part, et d’équilibrer les responsabilités éducatives en prenant en charge la dimension extrascolaire d’autre part.