Attractivité des ZEP pour les professeurs expérimentés et volontaires

Situation

Environ un enseignant sur cinq exerce en ZEP. Beaucoup d’entre eux sont captifs au sens où ils y ont été nommés en première affectation sans pouvoir réellement choisir. Enseigner en ZEP est devenu une phase incontournable de début de carrière vécue comme un «bizutage de l’institution». Si, dans ces établissements, la présence importante de jeunes enseignants sans expérience a souvent été présentée comme le facteur explicatif du manque d’efficacité, cela n’explique pas tout. La stabilité des équipes a aussi été présentée immédiatement comme un enjeu important. En exerçant en ZEP, ces professeurs en herbe peuvent obtenir leur mutation plus rapidement : l’instabilité des équipes produite par les procédures de nomination au barème (nombre de points) constitue une injonction contradictoire avec la continuité pédagogique et éducative. C’est ainsi que le turnover dans les collèges a augmenté de façon sensible depuis la fin des années 90, au détriment de la réussite des élèves.

Par ailleurs, le contexte ZEP nécessite de faire face à un grand nombre de difficultés : discipline, faible niveau scolaire des élèves, peu de motivation pour le travail scolaire. Le principe d’éducabilité est mis à mal : « Faire tenir un certain nombre d’élèves le temps voulu, dans un lieu précis, et dans des conditions de communication à peu près acceptables, n’est plus alors le point de départ de la situation scolaire mais un de ses objectifs. » Aussi, le niveau très hétérogène des élèves génère des tensions pour ne sacrifier ni les bons ni ceux en difficulté. Toutes ces préoccupations prennent du temps, de l’énergie et entravent la mobilisation des professeurs sur les contenus d’enseignement. Des recherches montrent également qu’il existe un nombre, non négligeable, d’enseignants qui restent en ZEP par résignation : c’est pourquoi, les enseignants mobilisés qui rendent la transmission de connaissances compatible avec ce public d’élèves sont méritants (source : Apprendre et enseigner en ZEP, F.Carraud, déc 2005).

Pour finir, les recteurs se sont vus dotés d’une part variable pouvant faire passer leur prime annuelle de 19000 à 22000 euros si leurs objectifs pédagogiques sont atteints ; les principaux de collège et proviseurs de lycée se sont vus octroyer une prime similaire allant jusqu’à 6000 euros tous les trois ans ; la question d’une rémunération qui récompense la performance des professeurs est désormais posée (source : Le Parisien, 26 janvier 2011).

Proposition

Les conditions de travail des enseignants sont sensiblement différentes en ZEP : les difficultés et la complexité des situations d’enseignement rencontrées nécessitent de cibler des professeurs aptes à exercer dans ce contexte tant pour leurs qualités professionnelles (savoirs, pédagogie) que pour leurs aptitudes morales (empathie, motivation). Pour cela, les ZEP ne doivent plus être un passage obligé de début de carrière mais un choix assumé de la part de professeurs aguerris. Cependant, pour susciter l’envie de ces professeurs d’aller donner la pleine mesure de leurs compétences en ZEP, il est indispensable de mettre en place un dispositif attractif et incitatif. Dans cette optique, le CQFD propose d’étoffer la présence de professeurs expérimentés et volontaires dans les classes ZEP. Pour cela, la mise en pratique des dispositions suivantes est nécessaire :

a) Expérience requise : avoir fait trois ans minimum dans une école non répertoriée ZEP. L’objectif est d’exclure d’office les enseignants qui n’ont aucune expérience. Même si certains sont en capacité d’exercer en ZEP tout de suite, il faut d’abord qu’ils aient le temps de prendre des repères et de se faire une idée concrète de leur métier.

b) Prime versée : faire passer la prime ZEP d’une centaine d’euros mensuels qui, dans bien des cas, ne couvrent même pas les frais de transport des enseignants, à un montant de 300/400 euros par mois. Il s’agit ici d’une revalorisation salariale plus que d’une prime au mérite qui pourrait se révéler subjective et arbitraire.

c) Obtention de points : augmenter le nombre de points de stabilité ZEP délivrés aux enseignants qui atteignent les cinq ans de présence dans un même établissement ZEP. En contrepartie d’une durée d’engagement cohérente en ZEP, cela vise à faciliter l’avancement professionnel de ceux qui pérennisent leur action dans ce cadre.

d) Changement d’échelon : faire passer à l’échelon supérieur les enseignants ayant cinq ans d’ancienneté dans une même école ZEP. L’échelon, qui s’établit par rapport à la note d’inspection et qui détermine la rémunération des enseignants, s’appuiera également sur ce nouveau critère de stabilité ZEP.

e) Le plus : introduire un stage obligatoire d’un an en ZEP pour les maîtres formateurs titulaires du CAFIPEMF (Certificat d’Aptitude aux Fonctions d’Instituteur ou de Professeur des Ecoles Maîtres Formateur). L’objectif est d’apporter aux ZEP le meilleur des méthodes pédagogiques par l’intermédiaire de ces maîtres formateurs.

Bénéfice

La compétence et la constance du corps professoral constituent des éléments clés dans la réussite d’un plus grand nombre d’élèves de quartiers sensibles. En agissant concrètement pour attirer ce type d’enseignants là où l’exercice du métier est le plus dur, l’égalité des chances est clairement recherchée.

Source photo : actualitte.com