Embauche de parents relais pour faire des rondes en ZUS

Comments Off

Situation

La Mairie d’Orléans (Loiret) n’a pas d’adjoint à la sécurité : Florent Montillot (Nouveau Centre), l’élu en charge de ce dossier, a le titre d’adjoint à la tranquillité publique. Ce n’est qu’un symbole, mais il est lourd de sens. Alors que la surenchère sécuritaire est de mise depuis plusieurs années, la municipalité assure que le nombre de plaintes a baissé de 61% en dix ans. La décrue atteint même son paroxysme (83%) à la Source, l’ancien quartier chaud qui tire son nom de l’origine des eaux du Loiret. « La première fois que j’y suis allé, des bagnoles brûlaient et les pompiers attendaient la police, se souvient l’élu. Ils avaient peur de se faire caillasser… » En août 2010, une seule voiture a flambé : une tentative d’arnaque à l’assurance. Ce résultat, Florent Montillot l’explique en trois mots : « Prévention, dissuasion, sanction. ». A son arrivée en 2001, c’est par la dissuasion qu’il a commencé. Une centaine de caméras ont été installées, une dizaine d’arrêtés municipaux ont été pris (anti-mendicité, anti-prostitution…). L’un de ces arrêtés interdit notamment aux mineurs de 13 ans de circuler seuls la nuit. Une centaine de policiers municipaux se sont occupés de la sanction, et une quinzaine de médiateurs de la prévention. Parmi ces médiateurs, Amar Ould. Au départ, il ne parvenait pas à rentrer dans certaines rues et, pour y remédier, il s’est entouré de parents-relais payés par la mairie pour faire des rondes. Résultat : « Quand les parents descendent dans la rue, les gamins retournent dans les tours », sourit-il au pied des Genêts, l’une des dernières tours à attendre sa réhabilitation. C’est là qu’habite Abderrahim, l’un de ses parents-relais : selon ce dernier, l’aspect financier est certes important dans la mission qui lui a été confiée mais, surtout, il juge pertinent de faire appel à des habitants autochtones que les jeunes connaissent (source : article du 20 Minutes du 7 septembre 2010).

Proposition

Le tout sécuritaire ne fonctionne pas : les politiques répressives de ces dernières années le montrent bien. A l’inverse, cette expérience, menée à Orléans, qui conjugue prévention, dissuasion et sanction, donne des résultats probants : elle mériterait donc d’être élargie et dupliquée dans d’autres quartiers sensibles. En effet, la méthode utilisée ne se cantonne pas à un choix binaire entre répression (descentes de police musclées, parfois médiatiques, mais ponctuelles) ou prévention (ex police de proximité) mais intègre ces deux aspects. De plus, le recours à la vidéosurveillance n’est pas ici un sujet de controverse idéologique : ce recours est plutôt conçu comme une étape préalable à l’intervention des médiateurs et des parents-relais. Pour endiguer la délinquance, le CQFD propose donc de déployer les mêmes outils dans tous les quartiers classés ZUS, et cela selon les mêmes lignes directrices à savoir :

a) Dissuasion : mettre en place un dispositif visant à empêcher les délinquants potentiels ou avérés de passer à l’acte. Nous retiendrons notamment l’installation d’un nombre significatif de caméras vidéos dans la ville, et d’un arrêté municipal interdisant aux mineurs de 13 ans ou moins de circuler seuls la nuit. En procédant ainsi, on crée un cadre d’intervention plus favorable pour les agents publics, car un peu plus maîtrisé et un peu plus sécurisé.

b) Sanction : les délits doivent être sanctionnés mais, pour cela, encore faut-il que les forces de police soient suffisamment nombreuses pour traiter correctement toutes les affaires en cours. Beaucoup de villes se plaignent du manque d’effectifs, et cela représente un frein à l’application des sanctions et donc à la crédibilité de l’action de la police. Il convient donc de regarder des ratios tels que le nombre d’agents de police par habitant ou le nombre de dossiers par agent de police afin de procéder à de nécessaires ajustements.

c) Prévention : une fois que l’arsenal coercitif (dissuasion/sanction) est opérationnel, il devient alors plus aisé d’être efficace sur de la prévention. En effet, dans des quartiers où de gros trafics ont cours, on ne peut pas se contenter naïvement de faire de la prévention : la réponse serait alors largement inadaptée car les pratiques délictueuses déjà profondément ancrées. En revanche, dans le cadre décrit plus haut, faire appel à des médiateurs et à des parents-relais rémunérés par la mairie pour faire des rondes constitue une solution judicieuse, et à plusieurs titres. Tout d’abord, cela donne de l’emploi à des habitants du quartier. Ensuite, cela donne l’occasion aux parents de se réapproprier l’espace public accaparé par les jeunes dans beaucoup de cités reléguées. Enfin, en plaçant les parents au cœur du dispositif de sécurité, cela permet d’établir plus facilement le dialogue. D’ailleurs, si un parent demande à l’un de ses enfants de rentrer chez lui, cela aura plus de chance de fonctionner que si la même demande émane d’un tiers pour lequel le jeune n’a pas de considération. Cela étant, il faut nécessairement que ce soit les parents des jeunes en question qui occupent ce type de postes. Pour éviter tout clientélisme, ils doivent être élus par un comité de quartier réunissant d’autres parents : ainsi, il sera plus aisé de mobiliser ces autres parents pour créer une dynamique collective. Cette dynamique peut également s’étendre à d’autres quartiers qui, eux-mêmes, possèdent leur propre comité de parents : les comités de deux quartiers distincts pourraient se rencontrer, échanger et apaiser les tensions. Enfin, certains parents peuvent intervenir ponctuellement dans le dispositif, en complément des réguliers.

Bénéfice

Les habitants des quartiers sensibles sont les premiers touchés par les phénomènes d’insécurité. C’est pourquoi, au-delà des batailles idéologiques sur l’usage de la vidéosurveillance ou non, sur le recours au couvre feu ou non, il est nécessaire d’adopter une méthode équilibrée permettant de réduire réellement le climat d’insécurité et les actes délictueux.

Source photo : 20minutes.fr