Election de responsables de quartier en ZUS

Situation

Les résultats des dernières élections régionales, qui prolongent le constat des précédents scrutins, doivent interpeller la société française : avec des taux d’abstention qui dépassent 70% des inscrits, les habitants de cités sensibles ont exprimé leur sentiment d’être en dehors de la vie électorale, en dehors du système politique, et en dehors de la République. Cette attitude de retrait de la vie démocratique témoigne avant tout d’un manque de considération et de confiance vis-à-vis des politiciens. Ces derniers sont jugés inaptes à résoudre véritablement les problèmes rencontrés. Cela est d’autant plus vrai que les habitants de ces quartiers sont représentés, la plupart du temps, par des hommes et des femmes qui ne leur ressemblent pas, et qui n’ont pas tous à cœur d’apporter des solutions pérennes à leurs administrés.

Les milliards d’euros investis dans la rénovation urbaine n’y font rien ; le plan « Espoir Banlieues » de Fadela Amara est quant à lui resté à l’état de promesse, faute de volonté politique réelle et de moyens suffisants. Au-delà de la frontière symbolique du périphérique, l’idée dominante est donc celle d’une mise à l’écart. Et puisque la République trahit ses promesses, la majorité des habitants ne se sent plus concernée par ses devoirs électoraux. C’est pourquoi l’une des clés du changement réside dans un investissement personnel des habitants vivant dans ces cités car ils ont légitimité à prendre la parole et à intervenir. En attendant, l’image des banlieues et le levier sécuritaire sont exploités allégrement à chaque échéance électorale sans que les habitants ne puissent s’exprimer sur leur propre situation (source : article du Monde du 26.03.10, Luc Bronner).

Proposition

Considérant la difficulté de créer une dynamique citoyenne dans les quartiers sensibles de banlieue, il est nécessaire de trouver un moyen pertinent pour que la participation des habitants soit plus importante. Dans ce cadre, le CQFD propose d’élire des responsables de quartier dans toutes les communes situées en zone ZEP : les habitants de chaque quartier pourront ainsi élire un représentant légitime résidant sur place. Ce représentant aura, au préalable, constitué une équipe composée de trois collaborateurs issus eux aussi du même quartier. Reconnus par l’Etat, rattachés et rémunérés par la mairie, le responsable de quartier et ses collaborateurs auront pour rôle de promouvoir les demandes de leurs administrés, de défendre leurs intérêts auprès de la mairie et des autres organismes publics, tout en assumant un certain nombre de missions. Ses missions seront relatives aux domaines d’intervention suivants (un par collaborateur) :

a) Veille éducative : suivre les jeunes dans leur scolarité en s’appuyant notamment sur les fonctions relais entre parents et professeurs…

b) Insertion professionnelle et renforcement du tissu économique dans son périmètre : présences de cafés et commerces, partenariat avec les missions locales…

c) Convivialité du quartier : organisation d’événements (culturels, sportifs…), diversification de l’offre de loisirs, actions de solidarité…

Tous les autres champs d’intervention resteront de la compétence de la mairie (santé, rénovation urbaine…), mais les responsables de quartier seront consultés et écoutés. Ils participeront d’ailleurs au conseil municipal. Afin de crédibiliser leur fonction, un budget d’investissement et de fonctionnement leur sera alloué. En matière de représentation, leur proximité avec les habitants devront leur permettre d’être à l’écoute de toutes les opinions qui s’expriment. Pour cela, ils auront à leur disposition des permanences lors desquelles ils pourront recevoir les familles une par une. Ainsi, les habitants auront l’occasion d’être reçu et de faire valoir leurs idées et revendications. C’est en ayant conscience et en prenant en compte toutes les sensibilités que le responsable de quartier sera à même de bâtir des relations de confiance, et d’agir efficacement. Enfin, pour s’assurer du profil des personnes se présentant à cette fonction, un casier judiciaire vierge sera requis.

Bénéfice

En se situant à cet échelon, il est possible de dépasser le déficit de légitimité des représentants politiques, tout en donnant la possibilité aux habitants de se responsabiliser en se présentant à ce poste et en générant dans cette démarche une dynamique citoyenne. Si l’on considère par exemple le degré d’attachement des jeunes à leur quartier, cela peut constituer une solution pertinente.